Wednesday, 8 October 2008

Iba N'Diaye may have passed on, but his art remains forever.

Iba N'Diaye in Paris, 1987
It is with sadness that I read the email sent to me by Florence Alexis about the passing of the Senegalese artist Iba N'Diaye at the ripe old age of 80years. Since then tributes have been circulating through emails, blogs and other online and offline postings. But in Africa at the age of 80, we don't mourn a death but give thanks for old age and celebrate a life. In this case we rejoice that N'Diaye was able to live long enough to leave - like in the tradition of his forefathers - a legacy we to be guarded at all cost, a body of knowledge that will benefit Africa for decades and centuries to come. We are indeed fortunate. We thank him for a job well done and pray for the repose of his soul with the ancestors. Long Live Iba N'Diaye.


Below is the tribute by Ms Alexis who curated his retrospective "Iba Ndiaye, L'oeuvre de Modernité" during Dak'art08.

Le Siècle court d'Iba Ndiaye : Peintre, Ample… et Africain
Au terme d
e cinquante années de pure peinture et de dessin obstiné, Iba Ndiaye, Maître ubiquitaire du trait et de la couleur au Sénégal, s'est éteint le 4 octobre à Paris, à l'âge de 80 ans, au moment même où s'achève à Dakar sa grande rétrospective : "L'Œuvre de Modernité". Il a commencé sa carrière dans les années cinquante, après avoir étudié à l'École d'Architecture de Montpellier puis à l'École Nationale des Beaux-Arts à Paris et travaillé à l'atelier du grand sculpteur russe Ossip Zadkine qui guidera son regard vers la statuaire africaine.

En 2002, le curateur et critique américain d'origine nigériane Okwui Enwezor (directeur artistique de Documenta 11, Kassel, 2002) écrit : "Iba Ndiaye fait partie de cette génération d'Africains d'une importance décisive (…), au nombre desquels Sembène Ousmane, … ou Camara Laye... Cette génération, dans l'immédiat après-guerre, commença à concevoir et à préciser un discours de la modernité culturelle africaine, bâti par rapport au cadre interna­tional. Ce qui distingue cette Négritude réside dans sa compréhension intellectuelle rigoureuse du jeu de miroirs - ou du chat et de la souris - qui est au cœur du débat moderniste. Pour la génération de Ndiaye, la Négritude a façonné une dialectique de luttes créatives qui a permis aux artistes de s'affranchir du complexe d'infériorité imposé par la domination coloniale".

Car Ndiaye naît en 1928, l'année où le Bal Nègre de la rue Blomet défraie la chronique, alors que Paul Morand publie son "Paris - Tombouctou" et où Senghor entre en khâgne au lycée Louis-le-Grand. Au sortir de cette 'vogue nègre' de l'entre-deux guerres -et sa kyrielle de clichés : tribal, primitif, exotique, naïf ou instinctif…-, ainsi que d'autres artistes comme Aimé Césaire ou Wifredo Lam, Iba Ndiaye va, lui, s'emparer du dessin comme outil d'investigation des univers esthétiques qu'il s'approprie pour bâtir un vocabulaire visuel mondialisé par les aléas de l'Histoire coloniale, un langage métis, subtil et ombrageux, dressé contre une notion abâtardie d'un art dit 'primitif'.

Or, qui se risquerait à parler du métissage esthétique d'un Braque ou d'un Picasso après leur rencontre-choc avec l'Afrique des masques ? "La peinture de chevalet est une invention européenne et l'idée d'un peintre noir nous reste étrangère… Alors que la sculpture africaine a acquis ses lettres de noblesse… un peintre africain qui s'approprie la tradition picturale de l'Europe ne peut être à nos yeux qu'un épigone. Le préjugé exclut d'emblée tout jugement sur sa peinture", écrit le conservateur néerlandais Franz Kaiser dans sa préface à l'exposition de Ndiaye au Musée de La Haye en 1996 et il ajoute: "Pour I. Ndiaye, le caractère essentiel de la modernité procède d'une culture métissée. Il travaille les données de sa toile de fond africaine, sans fabriquer d'objets ethniques".

Alors qu'il arpente les musées, crayon en main, yeux grands ouverts, 'dévorant' l'art et les techniques des maîtres du monde entier depuis son atelier de La Ruche, et malgré son envergure majeure d'artiste virtuose et rigoureux : "les accomplissements d'I. Ndiaye ne reçurent pas la reconnaissance due : ils furent marginalisés dans les textes théoriques sur l'art du 20ème siècle […] Une telle omission rend invisible l'importante influence […] exercée sur les pratiques modernistes d'occident… Car, ajoute Salah Hassan (commissaire d'Authentic/Ex-centric, Conceptualisme dans l'art africain contemporain, 49ème Biennale de Venise), ces artistes "tentèrent de contester ce récit du modernisme occidental et de rebâtir l'idée d'un art moderne pluriel".

Puisant dans les soubassements et les mythes de 'ses' cultures, Iba Ndiaye explorera une suite de thèmes récurrents. Le sacrifice, dans sa série des "Tabask" (qu'il relie au Bœuf écorché de Rembrandt) ; puis celui des "Rham", métaphore de l'esprit des ancêtres dans la mythologie wolof, qu'il traite en pâte dense ; ou ses "Jazz & Blues" au lavis d'encre et noir de fumée. Enfin, quand il traite de la symbolique du sacrifice ("Ne soyez pas des moutons !"), Ndiaye expose aussi une dramaturgie contemporaine qui résonne loin : en 1985, il travaille à une œuvre maîtresse "Juan de Pareja menacé par des chiens" : à plus de trois siècles de distance, l'assistant mulâtre de Velázquez -peintre noir dans un monde blanc en 1650- détourne le regard des chiens aux crocs luisants (chasseurs d'esclaves ?) qui le cernent en hurlant.


Tabaski, esquisse, huile sur toile, 1966


Tête, lavis au brou de noix, 1977
Dans son va-et-vient entre l'Afrique et l'Europe, ajoute S. Hassan : "Iba Ndiaye incarne aujourd'hui l'une des plus imposantes figures du champ de l'art contemporain africain et ses travaux ont implicitement exercé une influence puissante" sur les étoiles montantes de la scène artistique actuelle: El Anatsui, Soly Cissé, Barthélémy Toguo ou Yinka Shonibare… Tous sont dotés d'une matière première artistique sophistiquée et détenteurs de solutions plastiques qui ont bouleversé les canons de l'art européen au début du 20ème siècle, ils ne sortent pas du néant par une vague pulsion viscérale. Regarder l'œuvre d'Iba Ndiaye, c'est remédier au syndrome de la "génération spontanée", où la création procéderait d'un surgissement insolite, sans Histoire ; c'est élucider en même temps les pratiques, les propositions et la démarche de ceux qui viennent après lui.

C'est un héritage précieux, incomparable, que nous délivre Iba Ndiaye. Nous devons beaucoup à sa détermination d'homme de vigie, à l'ascèse inflexible et à la fermeté expressive, gestuelle, du peintre. Solide, Iba Ndiaye n'a jamais désarmé. Chaque fois, l'Éveilleur nous bouleverse encore. Honneur et Respect.

Florence Alexis, Paris, 6 octobre 2008.

IBA N'DIAYE ST LOUIS, SENEGAL 1928 - PARIS, FRANCE 2008

Ms Alexis states:
A ceremony will gather all his friends, relatives, colleagues and the artistic community on Saturday, October 11, firstly at the Funerarium 57 BD de Ménilmontand 75020 in Paris at 9:30 am, then at the Crematorium of the Père-Lachaise Cemetery 71 rue des Rondeaux 75020 Paris (Gambetta metro station) at 10:30 am.
For more information contact
F. Alexis +33 (0)1 43 07 45 36 / +33(0)6 10 04 01 15

2 Comments:

Blogger African Artists said...

Wonderful tribute to a fantastic man. His work is amongst the best created in the world today. It was quite criminal how his work has not been accepted by the mainstream international art world. Thank you for posting this.

27 October 2008 at 10:22  
Blogger African Artists said...

This comment has been removed by the author.

27 October 2008 at 10:22  

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